Comment créer un jeu vidéo

Projet : création jeux vidéo

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« Les jeux vidéo, une activité culturelle pas comme les autres ?… » 

Activité abrutissante et peu éducative, chronophage et violente, c’est la représentation que s’en fait une grande partie d’acteurs du milieu de l’éducation formelle mais aussi non formelle de l’éducation populaire (enseignants, militants associatifs, animateurs,…). Il y a pourtant un paradoxe : combien d’adultes, d’adolescents et d’enfants aujourd’hui consomment ce média ? Doit-on censurer, réguler, ou intégrer et  se servir du jeu vidéo dans nos pratiques ?

Quand nous avons décidé de nous atteler à la création d’un jeu vidéo, nous n’avions pas mesuré la tâche.

Comment aborder le jeu vidéo ? Sous un aspect vidéo ludique ? Sous l’aspect d’un objet culturel ?

Le jeu vidéo est-il un jouet, un logiciel, une culture, un programme, un média, un art (une œuvre), un outil éducatif ou tout cela à la fois?

« Comprendre le réel… »

Nous savions que c’était un objet difficile à maitriser, un objet porteur de nombreux « stigmates».

Il nous semble, en tant qu’acteurs de l’éducation populaire,  que cet objet de consommation de masse mérite qu’on s’y intéresse et débattions des valeurs qu’il véhicule, de la place qu’il occupe chez nos jeunes et moins jeunes.

« Une démarche d’expertise citoyenne… »

En effet, la démarche que nous avons entreprise s’inscrit dans l’idée que des citoyens enfants, des acteurs de l’éducation populaire et/ou des usagers puissent être mis en capacité de développer une action et  revendiquer une « expertise citoyenne ».

Ainsi ce jeu vidéo n’a d’autre prétention que d’ouvrir des espaces d’échanges et de dialogues  et de nouvelles pratiques dans nos structures enfance/jeunesse.

Dans nos CLAE, les animateurs expérimentent peu à peu l’utilisation des jeux vidéo. Souvent par le biais d’atelier d’éducation au et par le média : Analyse des contenus et normes PEGI (Clae La Juncasse), conférence-débat avec les enfants et les parents (CLae Jolimont), mise en place d’un festival de rétro-gaming (Clae Calvinhac), création d’atelier de jeu vidéo (Clae Lakanal).

Le jeu vidéo est un outil innovant qui permet de toucher un public sensible au monde du jeu et familier des technologies de l’information et de la communication.

 

Différencier le “Serious games” et “Serious gaming” 

Tous d’abord voici des précisions concernant le « sérious game »,  car si le concept d’apprentissage par le jeu n’est pas nouveau, l’expression «serious game» est utilisée pour la première fois en 1970 par Clark Abt. Les serious games, ou jeux sérieux, utilisent les mécanismes du jeu vidéo et ont une finalité autre que le seul divertissement.

Selon leurs objectifs, ces jeux peuvent être classés en plusieurs sous-catégories telles que newsgame, edugame, advertgame[1], exergame…

Depuis le début des années 2000, les serious games connaissent un essor exponentiel grâce au développement du web et des applications  mobiles, leur assurant ainsi une plus grande diffusion sur les canaux.

Ces derniers sont assez variés et dépendent de la nature du jeu (comme les advergames sur les réseaux sociaux…). De plus, il est important de noter que la plupart des serious games gratuits peuvent être couplés d’un advergame (permettant ainsi la collecte de données personnelles, diffusion de publicités…).

Ceci étant, les serious games sont des outils très utiles, grâce entre autres, à la multiplicité des secteurs concernés.

Le serious game peut être représenté comme étant  un jeu vidéo utilitaire, dans le sens efficient, dont l’idée de départ vise à susciter une transformation chez le destinataire dans le sens d’un enrichissement des compétences, de la compréhension d’une thématique (ex : l’eau, cycle naturel et environnemental) d’une approche éducative et/ou d’une adhésion au message véhiculé.

Par opposition aux “serious games”, nous définissons notre projet comme du “serious gaming”, c’est à dire le fait de détourner un jeu existant ou un style bien défini (FPS, RTS, RPG…)[2] pour en faire un outil “éducatif”. Contrairement aux jeux sérieux nous disposons d’une plus grande marge de manœuvre avec un jeu vidéo « grand public ».

Le premier, c’est la motivation. Quand les enfants jouent, il se passe quelque chose de différent : leur motivation est très forte et ils ne ‘décrochent’ pas.

Second avantage du serious gaming : l’apprentissage par essais et erreurs. “Les enfants peuvent se tromper dans le jeu, ce n’est pas grave…

En termes de game play et de graphisme, nous nous rapprochons des consoles portables (types DS 3d, console de salon…)

Le serious gaming : des contraintes à prendre en compte

Les animateurs intéressés par le serious gaming doivent anticiper certaines contraintes. D’abord, le temps : pour construire une telle séance pédagogique, il faut jouer au jeu…faire une veille numérique, savoir bidouiller des formats image, vidéo, son…

Mettre en place des fiches d’évaluation Alpha, Bêta…

Etre en capacité de maitriser le logiciel afin de le transmettre de façon simple et intuitive auprès des enfants (ou autres animateurs)

Des objectifs qui permettent de :

  1. diffuser un message
  2. dispenser un entraînement
  3. d’échanger des connaissances

 Objectif généraux[3]:

-Favoriser l’expression via les outils multimédia

-Faciliter l’apprentissage,

-Résoudre des problèmes dans un contexte stimulant/motivant

-Mettre en lien les joueurs, favoriser l’échange et le partage

-Lier la connaissance avec le « savoir-faire » et le « faire »

 Objectifs opérationnels:

– Initier les enfants à l’utilisation d’équipements et logiciels multimédias

 – Mettre en place une dynamique de communication via les jeux vidéo

    et les réseaux sociaux 

– Permettre un accès public (parents, enseignants…)

L’expérience nous a appris que ces outils créent du lien social, aident à la reconquête de l’estime de soi et valorisent les initiatives des personnes.

– Soutenir la mutualisation, le travail en réseau et les pratiques de coopération

Nous souhaitons que le lieu soit aussi un moyen de favoriser le travail en réseau des associations partenaires à travers des projets en commun. Au fil du temps les projets qui créent de nouvelles dynamiques de coopération se développeront autour d’outils. L’internet est aussi le creuset de pratiques où nous apprenons la coopération et l’élargissement des biens communs.

 – Pour accompagner un développement local et citoyen.

Un esprit critique et une écoute active à l’égard des médias.

Des objectifs spécifiques :

Permettre aux enfants de développer leur esprit critique concernant les jeux vidéo

Donner aux jeunes les clés pour décrypter les jeux vidéo, au même titre qu’une œuvre littéraire, audiovisuelle,…

  • Développer une réflexion autour de la violence dans les jeux vidéo et les médias en général.

 Se servir des jeux vidéo comme outils de socialisation

  • Le jeu vidéo offre, par son essence même, la possibilité aux enfants non pas de comprendre un phénomène de l’extérieur mais plutôt de s’y impliquer sans risque.
  • Permettre aux joueurs de se retrouver autour de parties de jeu en réseau.
  • Travailler sur la communication par avatars interposés : le respect de l’autre même dans le cadre d’une relation « virtuelle », savoir finir une partie que l’on a commencé, faire des efforts concernant l’orthographe…
  • Développer la pratique du jeu vidéo sous forme coopérative

Quels avantages pédagogiques ?

-Un outil innovant accessible qui ne demande que très peu d’expertise des TIC.

-Un outil attractif pour favoriser la motivation à apprendre

-Une  efficacité pédagogique qui génère des apprentissages. Des étapes concrètent du passage de l’idée de la création du jeu au jeu « joué » lui-même.

-Un outil modulable et déclinable sur de multiples thématiques possibles (Rapport aux genres, violence à l’école, l’alimentation, laïcité…)

 Public ciblé

Notre projet aux travers de ses actions est destiné au public de CLAE, à la fois  lieu d’expression et pépinière de projets pour les enfants.

Contenu et déroulement :

Les jeux vidéo et le sérious gaming  ont l’avantage d’être très bien perçus par les enfants qui, par ailleurs, maîtrisent déjà souvent ce média de par leur pratique des jeux à la maison. L’utilisation des jeux vidéo dans le cadre périscolaire peu avoir un impact positif sur leur motivation, leur comportement et leur attention. En apportant une dimension ludique, les enfants retiennent plus facilement les informations véhiculées par le jeu, d’autant plus si celui-ci combine informations visuelles et auditives. En complément des outils pédagogiques traditionnels (documentation…), le jeu vidéo semble donc favoriser une transmission plus efficace d’un certain nombre de savoirs.

La technologie fait désormais partie intégrante de nos vies et commence à émerger dans nos institutions. Les enfants sont nés dedans et leur apprendre à coder et créer un jeu, c’est un peu comme jouer aux Lego, le parallèle entre construire une petite maison avec des petits cubes ou créer une map (carte) avec un générateur de carte, c’est un peu le même concept.
Coder fait intervenir plusieurs domaines : la créativité, la stratégie, la logique et même la coopération.

A SAVOIR :

« On rentre plus facilement dans un jeu vidéo, qui permet de découvrir tout un environnement et éviter le coté dirigiste…. »

 « …Les enfants apprennent à manier un ordinateur, et aussi à se repérer dans l’espace et le temps”. Le jeu peut également permettre “de raccrocher des élèves en difficulté”. »

« …le jeu au cœur d’une démarche pédagogique. “Il ne faut pas succomber à l’illusion que le jeu, comme par magie, va tout changer. Il ne suffit pas de mettre les enfants devant un jeu ludique pour que cela fonctionne. Ils seront sûrement captés par le jeu, mais il n’y aura pas forcément d’apprentissage derrière »

« Ne pas tomber dans le piège de la gamification… »

La réalisation technique

Matériel:

Un PC

Logiciel création et montage musical (ex :Audacity)

Logiciel retouche photo (ex :GIMP)

Un logiciel de création de jeu vidéo :

Des exemples

Jeu de rôle Creator : Application pour écrire des histoires interactives avec davantage d’options de choix que Quandary. Les évènements aléatoires et combats sont possibles.

Novelty : Pour aider à créer des histoires interactives à partir d’images de type « manga »

GameMaker : Alternative applicative à The Game Factory 2 lancée par un enseignant en informatique qui a pratiqué la création de jeux vidéo en classe. Comprend une version de démonstration gratuite.

Pour aller plus loin :

Blender

Unreal  Engine

RPG MAKER

Les étapes de création

L’idée initiale

Afin de mieux illustrer nos propos, nous vous proposons ci-dessous, un schéma d’ensemble des différentes étapes de la création et la commercialisation d’un jeu vidéo. Bien sûr, rien n’est figé, selon le projet, certaines étapes ne seront pas nécessaires (par exemple la localisation, si le projet a une portée locale, au niveau de la fédération nationale…), mais on peut aussi avoir besoin d’autres étapes supplémentaires selon les besoins du projet.

La validation du projet

Lors de cette phase essentielle du projet, il s’agit de définir si le projet est viable, s’il est réalisable. Il vous faudra réfléchir sur ses points forts et ses points faibles, sur les contraintes et limites technologiques, sur les ressources humaines et financières disponibles pour mener à bien ce projet. Comme vous ne pouvez pas tout connaître et identifier par vous-même, il est essentiel d’impliquer l’ensemble de l’équipe dans cette phase du projet. Chacun pourra ainsi exprimer son avis, selon son domaine de compétence et sa propre vision. Si le jeu a du potentiel et vous jugez qu’il est viable sur le plan économique, alors vous pouvez commencer à travailler sur l’étape suivante : l’élaboration d’une bible du projet.

Elaboration de la bible de production du jeu

Il s’agit de mettre en place un document qui vous servira de fil directeur dans votre travail. Il faudra identifier les points clé de votre projet, les principales contraintes techniques, faire des choix d’outils ou de méthodologie. Aussi, il faudra essayer, dans la limite du possible, de tenir compte de l’existant au niveau de votre studio ou équipe (code réutilisable, licences déjà achetées ou les limites de l’open source, compétences utiles, etc.)

En parallèle, il vous faudra attaquer toute la partie gamedesign du projet, la charte graphique, la charte sonore, etc… Au final, il y aura des choses à retenir, puis des choses à rejeter. Il est donc important de les identifier. Maintenant, que vous avez une vision très précise de votre projet, de son univers graphique et sonore, des contraintes…vous pouvez attaquer la réalisation d’une maquette, d’un prototype de ce que sera votre jeu.
Réalisation d’une maquette (prototype)

Etape essentielle dans la réalisation de votre jeu, elle consiste à tester de façon concrète si toute votre conception colle à la réalité. Une petite équipe de travail va concevoir une petite partie du jeu: ça peut être un niveau pour un jeu de plateforme, un circuit pour un jeu de course, etc. Ainsi, vous êtes en mesure de tester la cohérence de votre univers, de vérifier que les choix techniques et artistiques sont les meilleurs, vérifier aussi votre gameplay. C’est lors de cette étape, que votre bible de production pourra être modifiée, améliorée.

C’est aussi avec cette maquette que vous pourrez vous lancer dans la recherche de financements, dans la recherche d’un éditeur. Cette maquette, vous donnera une crédibilité, prouvera de façon concrète la faisabilité de votre projet et son potentiel.

Phase des tests et debug

Une fois le jeu finalisé, une phase très délicate et difficile va suivre. C’est la phase du bêta test et du debug. Faites-le en interne, voire même en sollicitant le public. Il s’agit de corriger des bugs, tester et régler la difficulté et la jouabilité, bref peaufiné ensemble au maximum.

Production du jeu

Si vous avez les financements et le feu vert, vous voilà en train de produire votre jeu. C’est lors de cette étape, que vous allez produire votre jeu en intégralité et dans les moindres détails. Il est essentiel d’avoir une bible de production et donc une conception carrée, car à ce niveau, on n’a ni le temps ni les moyens pour modifier, corriger, améliorer. Les contraintes techniques, budgétaires, temporelles étant si fortes, que le moindre écart par rapport aux plannings aura des impacts lourds pour le projet. Qui, de plus, pourra avoir des conséquences dans votre relation avec ceux qui le financent…

Bien sûr, vous devez savoir qu’il est hors de question pour les partenaires/financeurs, de vous laisser produire votre jeu, sans un certain regard et suivi.

Modes de restitution et de mutualisation :

  • Diffusion des carnets de bord des enfants et des comptes rendus de l’action.
  • Diffusion des productions vidéo ludique lors de forum, débat, conférence, journée porte ouverte… sur tous les lieux référents
  • Partage des résultats et de l’expérience avec d’autres structures partenaires

 

Article écrit par Pierre Khattou