Moi, les médias et mes sexualités (Synthèse)

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Tous les deux ans, depuis 2008, les Associations Ic@re et les Eco-Liés publient une étude sur les questions liées à la jeunesse afin de comprendre quel est le rapport des jeunes et des moins jeunes aux médias.

Dans le cadre de ce travail, nous nous proposons d’ouvrir des pistes de débats et de réflexions quant aux pratiques qui sont liées à cet instrument…L’exposition à du contenu sexuel par les médias a-telle des effets sur le comportement sexuel des jeunes ?

Nous avons souhaité nous demander si la sexualité, par le biais de nombreux médias était devenue un loisir. Si tel est le cas, la sexualité est-elle maintenant affranchie de toute forme de procès moral. Michel Dorais, spécialiste des questions du genre et des sexualités affirme que « La sexualité est plus que jamais montée et montrée en spectacle, mais elle se doit désormais d’être spectaculaire ». Ceci confirme ce que nous avons tous pu distinguer, à savoir que la sexualité dans tous les supports médiatiques se scénarise (films, clips, jeux vidéo…) Mais qu’en est-il de sa perception ? Les codes et normes moraux ont-ils évolués avec les pratiques? Les limites des sphères de l’intime ont-elles bougées ?

OBJECTIFS DE L’EXPERTISE CITOYENNE

Ces objectifs sont ceux que nous avons explicité à chaque partenaire et acteurs de ce projet :

 1) Connaître les supports médias (internet), utilisés par les jeunes, donnant accès à du contenu « sexuel » ou connoté comme tel et en mesurer la fréquence d’utilisation.

2) Mettre en évidence les relations jeunes/contenus/supports en lien avec « les sexualités » des jeunes.

3) Répertorier les informations existantes autour de cette thématique (sur internet).

Notre document relatant cette nouvelle expertise citoyenne est construit en 2 parties. Une première relate le travail de FOCUS GROUP auprès de 200 jeunes de 13 à 20 ans. La seconde partie reprend les éléments récoltés par le biais d’un questionnaire avec un échantillon de 415 jeunes de 13 à 20 ans de la région Midi Pyrénées.

Résumé du Focus Group

 Il est apparu dans les focus group que la fascination de l’image que les médias leur imposent, née du rapport à la beauté et de la séduction, de la mode et image de soi rend compliqué le rapport qu’entretiennent les jeunes avec certains médias.

Les jeunes filles, mais aussi de plus en plus de garçons entrent dans une sphère sociale où ils exercent leur potentiel de séduction à partir de normes physique définies par les médias tels que les magazines féminins ou masculins et les publicités.

En effet, on les pousse à devenir ce qu’elles/ils ne sont pas, en profitant du fait qu’elles et ils se cherchent, sans se préoccuper des risques encourus.

Dans le cadre de nos entretiens, nous soulignons également que le rapport des jeunes à certain média, se jouerait à la fois sur le mode du rapprochement grâce aux clips, la télé réalité, séries télé et cinéma, oscillant entre regard critique et admiration.

Malgré tout, dans le cadre de nos focus, il serait réducteur de faire porter la responsabilité d’une influence négative aux seuls médias. Le processus est beaucoup plus complexe que cela. Avec un peu de recul, nous observons que l’impact d’un contenu découle du niveau de maturité affective et intellectuelle, de l’individualité, de l’histoire, des références culturelles (voir cultuelles) et de l’environnement social des jeunes.

 

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 Les réseaux sociaux :

Facebook et d’autres réseaux sociaux sont devenus « notre carte d’identité numérique ».

A la question : Quel support numérique utilises-tu le plus souvent pour t’informer ? Facebook arrive en tête, suivi par les blogs et forums.

87,7% des jeunes ont déjà paramétré les applications qu’ils utilisent.

Les messageries instantanées ont également la côte. 42% se rendent régulièrement sur Facebook Messenger, 23% sur Skype, 30% sur Snapchat et 8% sur WhatsApp.

A la question : Quels avantages à utiliser les réseaux sociaux ?

Je communique avec des ami(e)s proches 68,9%

Je peux avoir une identité différente de la vie de tous les jours13,1%

Je peux communiquer avec le monde entier 31,1%

Je peux me fabriquer une E réputation 4,9%

Pour les jeunes sondés, le moyen le plus efficace pour« approcher » une fille ou un garçon reste les ami(e)s : cité à 76,6%. Viennent ensuite les réseaux sociaux à 43,8% et enfin aller voir directement la personne autour de 25%.

Sur les réseaux sociaux, as-tu déjà subi des remarques liées à ton sexe ou à ta sexualité ?

56,5% répondent par l’affirmative, avec 48% de filles et 8,5 % de garçons.

 T’est-il déjà arrivé d’envoyer des sextos ?

 77% des adolescent-e-s ont envoyé au moins une fois un sexto et 82,3% ont déjà reçu des sextos.Nous définissons le fait de poster une photo nu(e) ou partiellement nu(e) comme un sexto. Il apparait dans notre expertise que la majorité des jeunes de 14-20 ans possèdent un téléphone portable, il semble donc raisonnable de dire que la majorité des activités « sextos » se déroule via un téléphone.

A la question : « as-tu déjà subi des pressions de la part de quelqu’un via les réseaux sociaux ou par SMS pour te montrer nu-e ou en partie?»

Les réseaux sociaux entretiennent l’idée que l’on peut partager ses fantasmes avec le monde entier 64 % des jeunes sondés ont déjà, via un ordinateur ou un mobile (snapchat, instagram,Facebook…) posté ou envoyé une photo, une vidéo d’eux même nu-e ou dénudé-e. 20,5% ont montré à des proches (sans les diffuser) des photos ou des vidéos de leur partenaire du moment nu-e ou dénudé-e. 5% pourraient publier ou diffuser des photos ou des vidéos d’un ami-e nu-e ou dénudé-e, ou l’ont fait.

Quel média te renseigne le mieux sur tes sexualités ?

Les réseaux sociaux 39,2%, les sites et forums santé 33,3% et les blogs et sites adolescents-es 21,6%

 A la question : Quand tu as des questions autour de ta sexualité, à qui en parles-tu en premier ?

 Les ami(e)s 67,7%

27,4% n’en parlent pas

Les ami(e)s via les réseaux sociaux 12,9% les associations, planning, infirmier-infirmière 6,5%

 L’industrie porno ou “ la sexualité hétéro avec un regard d’homme”

La question du « mythe sexuel » à travers les actes ou modèles auxquels le jeune croit devoir s’identifier ou se conformer pose question à travers ces quelques chiffres.

Ils sont 87,1% à avoir déjà visionné volontairement des images ou des vidéos à caractère sexuel. Ils sont 36,8 % à proposer de reproduire une scène visionnée dans un film porno avec son ou sa partenaire dont 95% de garçons. 28,3% d’entre eux estiment avoir appris des choses sur les sites pornographiques.

Parmi les 20 clips déclarés comme préférés par les jeunes sondés,

90% présentent un contenu sexuel (une représentation d’une activité sexuelle, un comportement suggestif ou des propos sexuels ou traitant de sexualité).

Les paroles de ces chansons sont de plus en plus explicites, surtout celles qui parlent de relations sexuelles, de drogue et de violence. Est-ce que les scènes de plus en plus « osées » dans les vidéo-clips vont trop loin ?

 Selon toi, si tu avais accès à la chirurgie esthétique, tu le ferais pourquoi ? graphique

 

L’abondance des messages sexuels dans les médias pousse les jeunes à valoriser une image corporelle stéréotypée.

-Cette image constitue pour chaque sexe un modèle corporel unique qui ne laisse pas de place à la variété des formes, des âges et des tailles.

-Les jeunes subissent une pression énorme pour se conformer à ce modèle.

-Obsession de l’image corporelle avec ses conséquences néfastes sur la santé et l’estime de soi des adolescente-s fait partie des effets de la sexualisation de l’espace public : les garçons, un corps fort, endurant et musclé / chez les filles un corps mince (55% des filles entre 15 et 19 ans veulent perdre du poids contre 15% des garçons au même âge).

Dans une société qui demande à ce que de moins en moins de capacités physiques soient mobilisées dans le travail à cause de l’industrialisation et de la robotisation des tâches, paradoxalement le muscle n’a jamais été aussi présent. Les jeunes sont de plus en plus nombreux et de plus en plus précocement à la recherche de muscles saillants, dessinés, prêts à être exhibés.

Ils sont 34,3% à avoir déjà, virtuellement via une webcam ou mobile (facetime, dovisio, skype…) fait l’amour avec leur partenaire du moment. Ils sont 67,5 % à avoir déjà fait virtuellement via une webcam ou mobile (facetime, skype…) l’amour avec un-e inconnu-e.

Internet a encouragé l’exploration de nouvelles pratiques sexuelles et de nouvelles façons de se procurer du plaisir. Face à l’ampleur des possibles qu’offre cet outil, nous pouvons imaginer que c’est une sexualité plutôt créative qui peut s’exprimer.

L’expérience nous apprend qu’un-e adolescent-e qui cherche à appréhender et comprendre sa ou ses sexualités, le fait à partir de normes véhiculées par les pairs, les adultes, l’école mais aussi les médias. C’est précisément dans ces espaces qu’il nous semble important en tant qu’acteurs de l’éducation d’agir. Nier la sexualité des jeunes, c’est contourner nos responsabilités.

Cliquer sur le lien pour lire l’expertise citoyenne dans sa globalité:

Moi,les médias et mes sexualités 2015-2016 

 

Co-écrit par Sophia Idayassine et Pierre Khattou

 

 

Une réflexion sur “ Moi, les médias et mes sexualités (Synthèse) ”

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